Mes Moires n°57

Mes Moires n°57

€360,00
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Mes Moires n°57

Mes Moires n°57

€360,00

Série Mes Moires n° 57, « Houssssss !»  
50 x 65 cm / 19.7 x 25.6 in 
Crayons de couleur et pastel blanc sur papier 
    

Photographies non contractuelles, cadre non fourni

Texte du tableau :

Houssssss! Les séances de karaté au gymnase de Louveciennes, la grande salle en hiver, mon kimono blanc. L'étoile de David tracée au feutre sur ma veste. Appris les katas mais jamais passé aucune ceinture. À la fin, à dix-sept ans et demi, je valais une bonne marron, voire une noirâtre.

L'interdiction de porter les coups donne un certain panache aux combats. Il s'agit de s'arrêter à quelques millimètres du visage de l'adversaire, tout est dans la célérité, ça se joue au micron d'écart, au centième de seconde d'avance, on comptabilise les frôlements de kimonos, c'est l'art des courants d'air, on gagne quand l'ennemi éternue. La pratique révèle que l'atout majeur n'est ni la puissance ni la souplesse vraiment, le secret est dans le souffle. Les premières secondes je peux tenir face à une bonne ceinture noire, placer quelques coups même, un tsuki au thorax, un ma-gheri dans les pectoraux, par surprise. Ensuite les différences s'accentuent. Rien de plus éreintant qu'une minute à gigoter, à se tourner l'un autour de l'autre comme des derviches fouineurs, et «HOUSSSSSS!», et «HOUSSSSSS!». Ça doit sortir du fin fond des alvéoles en même temps que le coup part, l'important consiste à exhaler son geste par la bouche via le plexus. Après une minute le combat se ralentit, on s'épie davantage, on enchaîne moins rapidement les séries de coups de pied. J'aime bien les séries. Mon attaque préférée, le tibia-côtes-nuque sans reposer la jambe. Un yoko-gheri d'abord avec le tranchant du pied suivi d'un ma-gheri d'estoc au niveau de la poitrine parachevé aussitôt par un ma-wachi latéral qui contourne l'ennemi et vient comme un fouet lui claquer dans la nuque. L'ensemble en deux trois secondes. Ça ne s'improvise pas, des années d'entraînement et de musculation pour avoir mollets et cuisses appropriés. Il y a aussi le très spectaculaire uri-tobi-gheri, comme dans les films, le tour complet sur soi, la belle rotation à 360 degrés pour donner de la vitesse à la jambe, la preste girouette, le tourniquet qui tue, vvvvvvvhh! Et le kakato-gheri qui brise la garde de l'adversaire. La jambe part très haut vers le plafond, fait un tour d'hélice, schlackk! retombe de tout son poids accru sur les deux avant-bras de l'ennemi, lui ravage le bouclier. Plus il se tenait fermement campé, les poings serrés, les pouces rentrés, mieux le kakato pénètre, fend les os, se fraie aisément un passage. Là le secret est d'avoir une garde détendue, pas crispée, laisser les bras accompagner simplement le pied de l'autre qui s'abat, sans opposer de résistance. Du coup toute son énergie se dissipe dans l'effort qu'il fait pour ne pas s'écraser le talon contre le tatami au lieu de vous avoir démantelé positivement la protection. Il ne reste qu'à contre-attaquer. Et «HOUSSSSSS!».

Sensation bienfaisante d'avoir ses muscles à sa disposition en marchant dans la rue.

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