Mes Moires n°537
Série Mes Moires n°537,24 janvier 2019
«Persiste et signe.» et « Qu’est-ce qui fait au fond la différence au jour le jour
entre la vie d’un écrivain et celle d’un autre homme ? »
130 x 130 cm / 51.2 x 51.2 in
Technique mixte sur papier Arches 300g
Photographies non contractuelles, cadre non fourni
Texte du tableau :
Persiste et signe. Aujourd'hui, dimanche 28 avril 1996, j'ai trente-trois ans. Quoi qu'il puisse m'arriver par la suite je n'oublierai pas à quel point je suis à l'heure où je trace ces mots impeccablement heureux.
Paris, avril 1963 - avril 1996
Qu'est-ce qui fait au fond la différence au jour le jour entre la vie d'un écrivain et celle d'un autre homme?
L'écrivain, de sa naissance à sa mort, se doit de concevoir ce qui l'a conçu, et comment, et pourquoi. Peu à peu ses yeux se dessillent. Il réalise que son apparition a été fomentée dans la brume d'un crime aussi absurde que banal commis à son encontre mais pour lequel c'est lui qu'on poursuit.
D'un côté la Censure. Parents, famille, professeurs, amis, copines, universitaires, femmes, éditeurs, critiques, avocats, juges, contemporains évanescents. Flore venimeuse, frémissante faune témoignant à son insu de l'incommensurable puérilité du genre humain. Narcissisme givré, surdité délirante, frigidité exaltée, névrose en plaques, morbidité aiguë, rancœur passionnée, mégalomanie aigrie, hystérie perpétuelle.
En face il y a vous et vos phrases, depuis toujours vos seules alliées. C'est un combat, en effet, et des plus inégaux puisqu'il vous suffit de le décrire pour le remporter.
Voici donc ma vie en fragments. D'où me vient ma force, où elle va. Ce que j'ai observé, appris, compris, expérimenté, décidé, ce à quoi je m'attends, ce qui ne saurait me surprendre. Le lecteur avisé est autorisé à m'appliquer cette sentence enflammée de Baudelaire: « Je sais ce que j'écris, et je ne raconte que ce que j'ai vu. »
S. Z.
