Mes Moires n°313

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€360,00
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Mes Moires n°313

Mes Moires n°313

€360,00

Mes Moires n°313,  « Scandale. »  
30 x 40 cm / 12 x 15.5 in 
Encre, aquarelle, crayon et liner sur papier 

Photos non contractuelles, cadre non fourni.

Texte du tableau :

Scandale. Nabe au téléphone. Tout le petit milieu des avariés célinoïdes est en ébullition. Ces sous-golems ont cru comprendre à travers mon annonce que son prochain roman parlerait du sexe de Céline. Lucette a même reçu une lettre antisémite de la debordienne fêlée Colette Débris. D'accord, d'accord, je vais réparer ma bourde. Un mot à Lucette, un autre à Laudelout.

« Chère Lucette,

Comment allez-vous ?

J'apprends que cette histoire grotesque, dont je suis bien involontairement la cause, atteint des proportions considérables, que Marc-Édouard, écœuré et malade, n'arrive même plus à écrire, ce qui est un comble, et que mille céliniens et lucettiens bien intentionnés vous harcèlent et vous ennuient. Sachez que je regrette vraiment que vous soyez malmenée de la sorte par ma faute. Si j'avais pu deviner que mon intervention servirait de prétexte à vos amis et ennemis (ce sont d'ailleurs les mêmes) pour vous noyer sous leur sollicitude aigrie et revancharde, eh bien j'aurais tourné sept fois mon amitié dans ma bouche et n'aurais pas évoqué ce livre de Marc-Édouard, qui n'était pas même ébauché à l'époque, dont je ne savais rien sinon que ce sera un merveilleux hommage au plus grand des écrivains à travers la plus grande femme d'écrivain. Tout ce que Marc-Édouard m'avait dit de son projet, c'était que les voix, les dialogues, la musique lente des conversations y auront une grande place, parce qu'un livre autour de Céline doit être avant tout musical... Vous voyez qu'on est loin de tout ragot vénérien. Je sais que vous êtes assez intelligente et fine pour ne pas vous faire d'illusion sur ce qui motive réellement ces agités. L'amour obsessionnel qu'ils prétendent porter à Céline, et qui se manifeste par leurs querelles biographiques débiles autour d'une date, d'un lieu, etc. - et aujourd'hui autour d'un mot! -, n'est que le masque de leur haine aveugle. Ils exècrent Céline, son énergie, sa joie, son grand style (à tous les sens du mot). Or cette puissance de son écriture, Céline l'a puisée pendant plus de 30 ans en vous, dans votre grâce, votre féerie, dans votre corps bien sûr, mais au sens où vous étiez, vous, sa fontaine de santé, dissociée de son propre corps malade, gourd, et impotent. Vous avez été l'encrier de Céline.

Tout ceci pour vous dire que je vais faire pour la première fois ce que je ne fais rigoureusement jamais, je vais me justifier, écrire au Bulletin célinien pour faire une mise au point et que cesse cette farce.

Je vous embrasse.                      

Stéphane Zagdanski

P.S. J'aurais dû être moins altruiste, parler de mon livre à moi, qui sortira en septembre et s'intitulera... Le sexe de Proust. À  la réflexion, ça aurait été un autre genre de tohu-bohu, mais qui eût mieux valu quand même. Personne ne songerait à embêter la femme de Proust...

 

« Cher Laudelout,

Comment allez-vous ?

Je n'ai pas eu le temps de vous dire au revoir ni de vous remercier la dernière fois.

Alors, il paraît que j'ai fait scandale ? Nos chers fans de Céline ne supportent pas un mot employé parmi mille autres ? Quel étrange et subversif vocable cela peut-il bien être ? "Meudon", "écrivain", "femme", "corps", "Lucette", "Juif" ? Non, "sexe" ! Délicieuse pudeur ! Ils hurleraient au lynchage contre un homme de lettres qui déclarerait, je ne sais pas... "Je suis le Père Sperme!" par exemple. Quelle honte ! Oser métaphoriser sa semence sans appeler le public à mettre des capotes ! Qui a osé écrire cela ? Louis-Ferdinand Céline ? Ah bon.

Cordiale poignée de main.

S. Z.

P. S. Vous pouvez bien évidemment publier ma lettre, afin que cesse toute cette grotesque clownerie, et qu'on n'accable plus Lucette ni Marc-Édouard Nabe, qui n'ont rigoureusement rien à voir avec une pure métaphore mystique employée par STÉPHANE ZAGDANSKI, l'homme qui jouit en mots. (Vous pouvez aussi publier ce post scriptum.) »

 

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