Mes Moires n°316
Série Mes Moires n° 316, « À un jeune célinien. »
42 x 56 cm / 16.5 x 22 in
Fusain et craies sur papier entoilé
Photographies non contractuelles, cadre non fourni
Texte du tableau :
Lettre à un jeune célinien.
«Cher Marcel Croupi,
Merci pour votre rapport, reçu ce matin et lu d'une traite aussitôt. Comme vous l'avez deviné, votre vision n'est pas celle que je puis avoir, non seulement de Céline, mais de n'importe quel écrivain d'envergure. Je veux dire que s'il n'est pas foncièrement faux de reconnaître chez tel ou tel homme de lettres, à de très rares exceptions près, l'influence de tel ou tel idéologue ou mouvement d'idées (et vous avez raison sur ce point d'insister en disant que Céline n'invente rien en la matière !), l'écriture, lorsque elle atteint un certain point d'incandescence, brise avec toute parentèle, pour la bonne raison que le vrai génie de l'écriture consiste à rompre avec la langue elle-même (je veux dire avec notre langue maternelle, celle de la communication communautaire). C'est une alchimie mystique que la politique n'effleure que de très très loin. Pour dire les choses autrement, la vision que je me fais de Céline est purement... proustienne. Et je ne vous ferai pas l'injure de vous rappeler les pages de Proust sur l'émergence d'un nouvel écrivain, comme il tranche avec tout ce qu'on avait coutume, avant son apparition, de penser de la littérature, d'où il naît mais qu'il quitte, exactement à la façon dont un aéroplane décolle et transforme le mouvement horizontal des automobiles en ascension verticale (c'est l'image qu'emploie Proust à propos de Bergotte). Donc il n'y a un "fascisme" et un racisme de Rigodon qu'à un certain degré de lecture, le plus superficiel, le plus politique si vous voulez, mais le moins littéraire par conséquent. Et ce qui à mon sens révèle que Céline est ailleurs, c'est son rire (déjà dans Bagatelles). Les fascistes, usuellement, n'ont pas le sens de l'humour. Nous en avons eu la démonstration l'autre jour avec tous ces vieux crabes abrutis céliniens.
Amicalement vôtre. »

