Mes Moires n°283-291
Série Mes Moires n°283-291,« Schizo. Saint-Simon. De circonstance. Dédicace à Debord. Écouté et aimé. Gentleman. Les joies de mon corps. À une jeune romancière. On s’amuse comme on peut. »
21 x 29,7 cm / 8.3 x 11.7 in
Technique mixte sur papier
Photographies non contractuelles, cadre non fourni
Texte du tableau :
Schizo. Une lettre signée « Louis-Ferdinand Céline ». «Cher zig-zagd... Ah, ben vrai!... le Tour talmudique que vlà!... J'suis plus anticesmites! Tu m'ôtes tout, Zig!.. Ces li(g)gnes égale Juif!.. Tous, on l'est alors!.. Le Tour (du Monde) est joué!... Ça alors!... Y'a plus d'Anticesmites! Les Judes partout, comme le "Je Suis" col(le)là! beau!... Le seul Peuple!... Jean reviens pas!... Car "un âne d'athée" vaut bien un con de rabbin!... le sire qu'on scie!... Je (un de tes proches pourtant - cherche dans ta rue, je connais ta gueule de youtre) chie sur ta bible, moi Ferdinand, t'as écrit "Les Décombres", "la Nausée", pauvre minable ?... Crève avecque ton "Y'avait" et ton péch(i)é à thaise...! Signé: Boule de Juif..."
Bon bon bon.
Saint-Simon. Ma joie en songeant aux milliers de pages qu'il me reste encore à lire.
De circonstance. « Que celui qui a des oreilles entende! » dit un jour Beethoven à qui le traitait de sourd.
Dédicace à Debord. « Je ne me souviens pas avoir lu de théorie aussi ardente et claire que les vôtres depuis... Totalité et infini de Lévinas (drôle de comparaison n'est-ce pas). »
Écouté et aimé. Ravel, Jeux d'eaux par Samson François. Quatuor à cordes, le 4è mouvement, « vif et agité », c'est moi. Le dernier des Préludes du Livre 2 de Debussy, Feux d'artifices. Le « Sanctus » du Requiem de Fauré.
Gentleman. Michelle consternée: « Tu es tellement poli que tu t'excuses lorsque tu éternues. »
Les joies de mon corps. J'ai mal au dos parce que j'ai la nuque raide.
À une jeune romancière.
«Chère Marlène,
Merci de votre gentil mot. Je n'ai toujours pas pu lire votre roman pour la bonne raison que ma mère me l'a pris dès le premier jour, et ne me l'a toujours pas rendu. Elle l'adore. Je vais devoir lui trancher la tête pour récupérer La femme sans tête. »
On s'amuse comme on peut. Quelques mois après la sortie de Céline seul je reçois par la poste un prospectus dans une grande enveloppe au logo rouge et vert du CNL (Centre National des Lettres). « CONCOURS ROUSSEAU REGLEMENT Article 1: Le Ministère de l'éducation nationale et de la culture et le Ministère des affaires étrangères organisent un concours européen d'essais. Article 2: Ce concours est ouvert, sans limitation d'âge, à toute personne résidant en France ou dans l'un des pays membres, associés ou invités du Conseil de l'Europe où est accréditée une représentation diplomatique française. Article 3: L'épreuve consiste à composer un essai d'un maximum de 30 pages dactylographiées ou 75000 signes, répondant, dans les conditions de notre époque, à la question qui fut posée en 1750 par l'Académie de Dijon: "Si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs". Article 4: Les gagnants recevront pour prix: le premier une somme de 50000 francs, le second de 25000 francs, le troisième de 12500 francs, le quatrième de 7500 francs, le cinquième de 5000 francs. »
Je réponds le jour même:
« Au Chef du département littéraire du Centre National des Lettres:
Cher Monsieur,
Il n'y a pas de "rétablissement" possible en sciences, lesquelles se sont toujours fondées sur leurs propres refontes. Quant aux arts, s'ils avaient jamais été "établis", ça se saurait. Enfin, pour ce qui concerne la "contribution à épurer les mœurs", l'existence même de votre concours, de votre Centre, et l'idée très "épuratrice" que des gens attendent votre argent pour se mettre à penser, constituent en soi pour moi une ferme incitation à persister dans mes mœurs impures...
Voilà, gratuitement, tout ce que j'en pense.
Amicalement vôtre.
Stéphane Zagdanski, écrivain gracieux et inconvertible. »

