Mes Moires n°162

Mes Moires n°162

€310,00
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Mes Moires n°162

Mes Moires n°162

€310,00

Série Mes Moires n°162,  « Lassitude. »  
29,7 x 42 cm / 11.7  x 16,5 in 
Line painters sur papier 
 
  
  

Photographies non contractuelles, cadre non fourni

Texte du tableau :

Lassitude. Tous les trois mois je consacre deux heures de mon temps à mes contemporains: je suis abonné à L'infini, la seule revue que je lis vraiment et où, à mes yeux, ma propre production hérétique éclectique électrique aurait sa place naturelle. Pleynet au téléphone, aussi honnête que courtois, me détrompe: « Nous avons du mal à cerner votre personnalité. Vous devriez choisir une direction et vous y tenir. Pourtant vos textes ne sont pas inintéressants, ne vous découragez pas, continuez de nous les envoyer. »

Longue lettre le lendemain pour justifier la dizaine d'écrits divers que j'ai expédiée sans succès au danaïdique tonneau en cinq ans. Fin de soirée: une courte nouvelle qui dépeint l'agonie psalmodiée du Christ. Lettre ouverte à Jude-Morue La Pine: un pamphlet ironique contre le Porc Faisandé Nauséabond où je réclame l'insigne honneur d'être le premier expulsé de son gouvernement. Happy-few risque-tout: un pamphlet sarcastique contre les capotes anglaises. Tableaux vénitiens: une longue nouvelle sur la peinture à Venise qui s'achève par l'histoire de Laura. Le génie du judaïsme: un énorme essai sur le Talmud « avec de nombreux aperçus concernant les beaux-arts ». La chair et le verbe: « un extrait de cet essai, publié dans la revue Parodie et dont j'ai envoyé une copie à Monsieur Sollers ». L'escapade: un roman faussement historique dont Fin de soirée est le prologue. H ou F ?: une nouvelle cynico-comico-porno autour du minitel. Hauteurs: des notes de lecture consacrées à l'antisémitisme chez Céline, à l'aristocratie chez Proust, et à Poe (« ce dernier servant de prétexte à une critique amusée de la psychologie »). Signes du temps: « Je ne crois pas que vous ayez mon texte sur la temporalité chez Kafka qui devrait paraître dans la revue de Simon Bilboquet... »

« Ces textes sont si distincts les uns des autres parce que je n'écris que depuis cinq ans et que je n'ai que vingt-cinq ans... Les textes qui aujourd'hui m'importent le plus sont Tableaux vénitiens et Le génie, écrit il y a presque deux ans et où beaucoup de choses sont à approfondir, par exemple tout le chapitre sur la peinture : " De Vinci à Picasso ". J'envisage d'y élaborer une théorie des couleurs dont j'ai à l'esprit les principales lignes, qui relie l'iconographie catholique et les développements cabalistiques sur la coloration de l'univers en les rattachant à une problématique de l'incarnation ; ou bien le chapitre sur la sexualité comparée des Hébreux et Grecs, qui en l'état de mon manuscrit est insuffisant et trop rapide ; je voudrais commenter des passages "sexuels" de la Bible – les filles de Loth, Abraham et Agar, David et Bethsabée, la femme du Lévite... – pour davantage problématiser ces questions qui ne sont d'ailleurs pas sans rapport avec ce que je nomme mes Miscellanées pornographiques... »

Je conclue en brûlant ma dernière cartouche – la franchise:

« Excusez-moi, Monsieur, d'insister ainsi et de me débattre dans mes explications énervées et mes rodomontades puériles, mais j'ai la pénible impression de n'être jamais compris, jamais entendu, jamais lu. Voilà le principal. Je ne sais si cette lettre vous aidera, avec Philippe Sollers, à "cerner ma personnalité", moi-même je n'y parviens pas réellement. Vous savez sans doute qu'en hébreu le "visage" se dit au pluriel et est homonyme de l'"intérieur" et des "pains de proposition". Peut-être cela enseigne-t-il que l'on n'est jamais tout d'une pâte et qu'en nos diverses grimaces il résonne toujours quelque chose de notre intériorité. Je n'attends plus que votre décision, avec impatience, en vous priant de croire, Monsieur Pleynet, en mon estime sincère. »

Post-scriptum tiré d'une lettre de Baudelaire à sa mère à 26 ans: « "C'est un dernier essai, c'est un jeu. Risquez sur l'inconnu"... »

Jamais eu de réponse.

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