Mes Moires n°148

Mes Moires n°148

€400,00
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Mes Moires n°148

Mes Moires n°148

€400,00

Série Mes Moires n°148, « Mémé. » 
29,7 x 42 cm / 11.7  x 16,5 in 
Pastels sur papier noir 
 

Photographies non contractuelles, cadre non fourni

Texte du tableau :

Mémé. Mon ineffable grand-mère. Son long nez, ses yeux bleu dur, sa perruque, son dentier. Les repas du vendredi soir (j'en manque un: « Alors, tu m'a pousé une lapin ! »), je chante les prières à tue-tête (le kiddouch, les zmiroth, la birkath ha mazon) dans son petit appartement, elle rigole de plaisir, je m'assieds sur le vieux fauteuil de Pépé pour déchiffrer les gros titres de son hebdomadaire yiddish Unzer Weg. Elle m'écoute comme si j'étais le prophète Élie. Quand Olive et Anne-Marie viennent aussi toute la salle à manger est pliée de rire. « Il est terrible cette Stéphane ! »

Son accent à défoncer au piolet, sa troupe d'expressions inouïes: « Tchik tchik » (vite fait: « J'ai rangé la cuisine tchik tchik ! »), « Tu avoueras ! » (tu te rends comptes!), « Absoloute ! » (exactement!), « miche-mache » (imbroglio), « Ils sont se régalés ! », « T'as pas encore appris ou t'as déjà oublié ? » (à ma belle-sœur chikseh s'initiant au rituel). Son intarissable ritournelle de souvenirs de guerre (elle s'interrompt au moment où les flics franiks vont emmener Madeleine au Vél' d'Hiv': « Ça c'est trop dour ! »), sa foi inébranlable, sa sèche sagacité sarcastique substantiellement yiddish qui coule aussi dans mes veines, comme sa joie d'or malgré tout.

Elle m'offre un petit sidour (livre de prières) en cuir rouge avec une dédicace tremblotante en yiddish dont je ne parviens à déchiffrer que les derniers mots : « fon di mehmeh hana soureh zagdanska ».

 

 

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