Mes Moires n°64, esquisse
Série Mes Moires n°64, esquisse, « Sous les navets, les mages. »
21 x 29,7 cm / 8,3 x 11,7 in
Encre noire sur papier
Photographies non contractuelles, cadre non fourni
Texte du tableau :
Sous les navets, les mages. L'atterrant mauvais goût des professeurs de français, garde-chiourmes stupides haïssant tout ce qui concerne la littérature (Kafka inversé), fuyant les chefs-d'œuvre avec une persévérance qui confine à la sagacité. Ou alors, forcés de parler d'un grand classique, diffusant une interprétation soporifique qui ne peut aboutir qu'à l'écœurement de toute velléité naissante. Jamais entendu prononcer au lycée les noms de Proust, Céline, Nabokov, Borges, Hemingway, Faulkner, Claudel, Artaud, Genet ou Bataille, mais dû me coltiner les insipides Mains sales, L'Étranger pâlichon, la fuligineuse Bête humaine, le puéril Des souris et des hommes, l'évanescent En attendant Godot, la dérisoire Cantatrice chauve, et la monocorde Modification de Butor que je commente haut la main le jour du bac.
Ce n'est pas un miracle s'ils ont échoué à me dégoûter de la lecture. Mon enfance en moi veillait sur moi à mon insu, l'infaillibilité de mon bon goût naturel reparut intacte après dix ans de clandestinité au cœur de la scolarité.
Le seul intérêt de l'école est d'apprendre à lire, à écrire. Orthographe calcul grammaire. Le reste se découvre seul, envers et contre cette édulcoration qu'est l'éducation.

